Jean-Paul DUBOIS


Jean-Paul Dubois existe...

je l'ai rencontré !

(13/10/2008)

 
Tout a commencé par un e-mail découvert un jeudi matin, en me levant. Fabrice, un copain auteur, m'écrivait ceci :

"Francky, je t'informe par acquit de conscience, en sachant que ce n'est pas la porte à côté, que Jean-Paul Dubois sera aujourd'hui même à 18h30 à la librairie de l'université, à Grenoble... "

Je me suis dit "Merde, Jean-Paul Dubois à Grenoble, quand même, c'est pas tous les jours"...
Je suis resté 5 minutes le nez collé devant mon écran, à relire ce message sibyllin qui, je le sentais bien, était sur le point de bouleverser le cours de mon existence... ou tout au moins de ma journée. 
 
Je finis tout de même par prendre mon petit-déjeuner. L'esprit en vadrouille, les yeux dans le vague, j'échafaude intérieurement les scénarios les plus fous, m'emballe, me réfrène, me demande si cela vaut vraiment la peine de faire l'aller-retour dans la soirée pour me retrouver au milieu d'une foule d'inconnus venus, comme moi, pour écouter leur auteur fétiche et pour sans doute finir frustré de ne pas avoir pu aborder cet homme que je vénère tellement...
Et puis, soudainement, je me rappelle que je suis journaliste et que mon statut peut, peut-être, me permettre de faire tomber certaines barrières. Même si je travaille pour une radio spécialisée dans l'information routière et que je ne suis pas censé traiter de littérature, je pourrais proposer à ma hiérarchie de faire un sujet sur Dubois, sur le rapport privilégié que ses personnages nouent avec les voitures...
J'en parle à ma compagne qui finit de me convaincre.
C'est décidé, j'irai.
Je fonce dans ma bibliothèque personnelle, feuillette rapidement tous les Dubois que je possède, relève quelques infos sur les véhicules que conduisent ses personnages et commence à échafauder mon plan.

J'arrive au boulot excité comme une puce. Je parle illico de mon projet d'interview lors de la conférence de rédaction, obtiens l'aval de ma hiérarchie, me rue sur le téléphone pour appeler la librairie, lui demander à quelle heure est prévue la rencontre et si, à tout hasard, un point presse ne serait pas organisé avant ou à l'issue de celle-ci.
Mon interlocutrice jette un coup d'œil sur son planning et me répond que Jean-Paul Dubois a déjà plusieurs rendez-vous calés dans l'après-midi avec des journalistes de la presse locale mais qu'il lui reste un créneau à 17h30, qu'elle peut donc m'ajouter à la liste, je serai le dernier à l'interviewer... 
Cette bienfaitrice vient simplement de me proposer un tête à tête d'une demi-heure avec Jean-Paul Dubois ! 
Pincez-moi, je dois rêver ! 

Mon rendez-vous est fixé à l'hôtel d'Angleterre, au 5 Place Victor Hugo. 

Je suis fébrile : peur d'arriver en retard, de ne pas trouver de place pour me garer, peur que, finalement, il y ait un imprévu de dernière minute ou que les autres journalistes aient débordé de leur horaire et qu'on me dise finalement, "désolé monsieur Pélissier, mais Jean-Paul n'aura plus le temps de vous rencontrer"...

Mais non, rien de tout ceci. 

Je pénètre dans le hall de l'hôtel, jette un regard oblique vers le petit salon et le découvre, là, à trois ou quatre mètres à peine, assis dans un fauteuil face à une consœur... En dehors d'eux et moi, il n'y a personne d'autre, un vrai désert. Je me dis que c'est presque trop facile, que n'importe qui pourrait l'approcher dans ces conditions ! Où sont donc les gardes du corps de mon idole, bordel ? Et son agent, et sa maquilleuse, et sa manucure ? Hein ? Où ?!?

Rapidement, ils remarquent ma présence, je leur souffle de finir tranquillement leur interview, je ne veux pas déranger, je suis prêt à patienter.
La journaliste a le bon goût de ne pas s'éterniser. Bénie soit-elle... 

Il est 17h32, je vais bientôt serrer la main de Jean-Paul Dubois. Je m'approche. Ça y est, je la lui serre. Putain, pour un peu, je le prendrais dans mes bras et l'appellerais papa.

 
Jean-Paul (bah oui,  maintenant qu'on est intimes, je peux l'appeler "Jean-Paul") parle d'une voix très douce, presque chuchotée. Alors je me mets à lui parler de la même façon. Il se jetterait sous le prochain bus, je m'y précipiterais également.
 
Nous nous asseyons, je lui dis mon bonheur de le rencontrer, lui explique que je suis un fan absolu, que Philippe Djian peut aller se rhabiller, que depuis deux ou trois ans c'est lui, mon Jean-Paul, ma bête de course, qui tient désormais la corde. Il sourit.
Je lui explique que je suis obligé de lui parler de bagnoles, que ce n'est pas de ma faute, que c'est le seul prétexte que j'ai trouvé pour avoir le droit de le rencontrer, de l'interviewer. Il me dit que ça lui va même si pour lui, aujourd'hui, la bagnole, c'est un truc terminé, que désormais elle n'a plus rien d'un jeu, qu'elle est devenue une chose bien trop sérieuse, avec ses boîtes automatiques, ses moteurs hybrides, conduite par des gens tristes qui portent des ceintures de sécurité et n'auraient même pas idée de conduire la tête au dehors, cheveux au vent... 
Je lui dis que c'est très bien, que ça m'intéresse, que son point de vue est tout à fait défendable.
Je sors la feuille A4 sur laquelle j'ai rédigé mes petites questions, chose que je ne fais jamais en temps normal, que je n'avais plus faite depuis au moins 12 ans et mes débuts dans le métier, chose pour laquelle je n'hésite aujourd'hui plus à sermonner un journaliste débutant, lui expliquant qu'un vrai pro n'a pas besoin d'écrire ses questions, qu'il doit simplement avoir la première en tête et que le reste se fera tout seul, comme lors d'une conversation avec un ami, qu'il suffit d'être curieux, d'écouter ce que l'interlocuteur a à nous dire pour que les autres questions coulent de source... Mais là, non, je ne pouvais raisonnablement pas venir les mains vides, trop peur d'être ridicule, de perdre tous mes moyens, de ne plus être capable de formuler une seule phrase dans un français correct face à Jean-Paul Dubois.
 
Finalement l'interview s'engage très naturellement et sans que j'ai vraiment besoin de mon pense-bête... Nous parlons longuement. 
Trente minutes d'une conversation charmante, chaleureuse, drôle, nostalgique, ponctuée d'anecdotes, de réflexions profondes, et au cours de laquelle je découvre un auteur, un homme, d'une incroyable humilité. Vous le croirez si vous le voulez, mais Jean-Paul Dubois est vraiment un mec bien. Aussi attachant que ses romans, et ce n'est pas peu dire !
 
Une fois ma demi-heure engloutie, je mets fin, à regret, à mon enregistrement et je le remercie. Et puis, avant de le quitter, je prends mon courage à deux mains, tire un exemplaire de Deux cafés sans sucre de mon sac et le lui offre, lui expliquant qu'il s'agit de mon deuxième roman, d'un petit livre sans prétention, mais qu'il n'a pas été étranger à mon désir d'écrire (Dubois est d'ailleurs évoqué à deux reprises au cours du roman).
Il l'accueille avec beaucoup de gentillesse et m'offre ses remerciements en retour. J'ai la drôle d'impression que c'est lui qui me fait un cadeau en acceptant ainsi mon livre !
 
Un homme nous rejoint. Il s'agit de Pierre. Il travaille aux éditions de l'Olivier et assiste Jean-Paul lors de sa tournée des librairies provinciale.
Comme je suis le dernier rendez-vous de l'après-midi et qu'ils ont prévu de rejoindre la librairie à pied, j'ai le privilège de les accompagner... 

Là, une chose étrange se produit : je marche dans les rues de Grenoble aux côtés de Jean-Paul Dubois et constate, incrédule, que personne ne l'arrête pour lui demander un autographe. Où sont donc les hordes de fans en délire ? Que font tous ces gens que nous croisons et qui passent sans un regard pour Jean-Paul ? Auraient-ils perdu la vue ou la raison ? 

Nous arrivons à la librairie, je m'éclipse pour aller m'asseoir discrètement dans le public, au fond de la salle. J'assiste alors à deux heures d'échanges, de rires ou de sourires, avec des lecteurs qui découvrent un type simple mais moi qui le sais déjà... 
Je me tiens bien, je passe les deux heures sans aborder un seul de mes voisins, sans dire à personne "Eh, vous savez quoi, le type sur l'estrade qui est en train de parler, eh ben c'est mon copain". Non, je la joue sobre. J'écoute. Je ne dis rien.
 
Je suis finalement reparti de Grenoble avec deux livres dédicacés, un sourire jusqu'aux oreilles et des petites étoiles plein les yeux.
Jean-Paul Dubois existe, je l'ai rencontré.
 
Désormais, je peux mourir tranquille...


Retrouvez l'intégralité de l'interview de Jean-Paul Dubois, au format MP3, découpée en trois parties :
(cliquez sur les titres pour écouter le son)

1°) Jean-Paul Dubois et les voitures (9'57")

2°)
Jean-Paul Dubois, écriture et succès
(6'59")

3°)
Jean-Paul Dubois et l'inspiration (8'22")

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